Tendances

L’Afrique 2.0 ! Quel rôle à jouer pour l’Ile Maurice ?

 

l’Ile Maurice affiche pour ambition de se positionner sur le marché de l’innovation en Afrique ; mais au-delà des effets d’annonces qu’en est-il réellement ? Les entrepreneurs mauriciens parviendront-ils à conquérir ces nouveaux marchés ? L’avenir le dira surement mais en attendant je vous propose dans cet article de faire un tour d’horizon de la situation de l’innovation Afrique et de vous partager ma vision des enjeux auxquels les startupeurs mauriciens auront à faire face s’ils veulent percer en Afrique.

 

L’Afrique 2.0

Partout en Afrique des hubs technologiques et des réseaux de compétences digitales se développent à grande vitesse. Les startups y poussent presque aussi vite que l’herbe, malgré un accès difficile au financement.

Les entrepreneurs Africains partent avec un avantage certain qui leur permettent de résister à la concurrence mondiale, voire même parfois, de conquérir le monde : ils s’axent sur les besoins des usagers.

Dans un article récent,  l’Usine Digitale nous invite à faire un tour des Silicon Valleys africaines, berceau de l’innovation sur le continent :

La carte des hub technologiques en Afrique (source : l’Usine Digitale )

Les Champions de l’innovation « Made in Africa »

Pour mieux se faire une idée des projets qui réussissent sur le continent voici quelques exemples des startups qui ont fait le plus parler d’elles en 2014. (source CNN)

 

La Startup Sendy

Pays / Région : Kenya, Afrique de l’est

En quelques mots : Service de livraison à moto « Uber style »

Ce qui la rend unique : l’Afrique dispose déjà de services de livraison et de messagerie , mais jamais à l’exemple d’Uber qui vous permet de suivre la livraison en temps réel via votre application mobile .

L’envoi de colis est généralement coûteux et difficile dans les grandes villes africaines, encombrées comme Nairobi et Lagos. Beaucoup de gens utilisent la moto (les fameux Boda-boda) pour se rendre au travail et pour éviter d’être coincés dans le trafic. L’utilisation des motos pour les livraisons est une solution intelligente, peu coûteuse et à la sauce locale.

 

La Startup Angani

Pays / Région : Kenya, Afrique de l’Est

En quelques mots : pay-as- you-go cloud computing

Ce qui la rend unique : Cela n’a rien de nouveau à l’échelle internationale, mais l’espace du cloud computing au Kenya est naissant. Angani arrive sur le marché avec des prix abordables et une tarification de type « pay as you go » très populaire dans cette région du globe et pratiqué par de nombreuses industries telles que les télécoms, les fournisseurs en énergies (eau, électricité).

 

 

La Startup Wyzetalk

Pays / Région: Afrique du Sud

En quelques mots : Plate-forme sociale, sur invitation,  pour les entreprises

Ce qui la rend unique : Wyzetalk est une plate-forme d’affaires pour les entreprises qui aide leurs employés à communiquer plus efficacement. Le personnel peut utiliser la plate-forme pour collaborer sur des projets, organiser des réunions, utiliser un service de messagerie instantanée et de partage de fichiers mais aussi bien plus.

 

 

La Startup Gamsole

Pays / Région : Nigeria, Global

En quelques mots : la société Gaming

Ce qui la rend unique : La société est célébrée comme le plus grand succès de tous les développeurs de jeux africains ; l’histoire commença par le développement de jeux sur le marché du téléphone Windows il y a quelques années. Gamsole a été incubée dans l’accélérateur de 88mph et depuis, leurs jeux ont vu 9 millions de téléchargements dans le monde.

 

La startup Snapscan

Pays : Afrique du Sud

En quelques mots : Effectuer des paiements via votre téléphone mobile

Ce qui la rend unique : Un service un peu similaire à celui d’Apple Pay, qui permet de faire des paiements avec son mobile en prenant simplement une photo d’un QR Code et de saisir le montant à payer.

 

La Startup Delivery Science

Pays : Nigeria

En quelques mots : « Delivering smarter using Big Data »

Ce qui la rend unique : Cette startup utilise les données et les analyse pour aider les entreprises dans le secteur émergent de l’e-commerce en Afrique, améliorer la gestion des stocks et gérer la livraison plus efficacement. Delivery Science offre de gérer complètement la logistique d’une entreprise du stockage à l’entrepôt, des idées novatrices comme des codes de vérification pour les livraisons et de veiller à ce que la bonne personne reçoive le bon paquet.

 

La Startup Paysail

Pays : Ghana

En quelques mots : Gestion de la paie tout-en- un

Ce qui la rend  unique : A l’heure actuelle, de nombreuses entreprises utilisent encore des tableurs Excel au Ghana pour organiser la paye des employés. Paysail offre un service tout-en- un qui vient programmer avec le code des impôts ghanéen pour rendre la gestion de la paye plus facile aux comptables des entreprises.

 

La Startup Andela

Pays / Région : Nigeria , Pan-Afrique

En quelques mots : La formation des diplômés en tant que développeurs, leur adéquation avec les employeurs

Ce qui la rend unique : Andela vise à aider les employeurs de partout dans le monde à trouver des talents en Afrique. Mais la société va plus loin en identifiant les talents « bruts » et les rémunère pour apprendre à devenir développeurs, puis propose aux employeurs qui sont à la recherche de talents partout dans le monde. La société dispose actuellement d’un bureau au Nigeria et une société aux États-Unis.

 

BRCK

Pays / Région : Kenya, toute l’Afrique.

En quelques mots : Un dispositif mobile Wi-Fi auto-alimenté.

Ce qui la rend unique : BRCK est décrite par ses responsables comme « un générateur de secours pour l’Internet ». L’objectif est de résoudre les problèmes de connectivité en Afrique. Le continent connait de nombreuses pannes d’électricités quotidiennes. Rester en ligne partout et à tout moment dans ces régions du monde nécessite un dispositif qui peut facilement passer entre les multiples réseaux pour fournir un accès, même dans les régions éloignées. Voilà où BRCK entre en jeu.

 

Et à l’Ile Maurice alors ?

Il nous faut malheureusement constater qu’à certaines exceptions près, il n’y a quasiment pas de startups ou de projets mauriciens qui occupent le devant de la scène de l’innovation en Afrique.

A titre d’exemple, le 12 octobre dernier, la compétition appsafrica annonçait la liste des finalistes de son concours  d’innovation, liste sur laquelle aucune entreprise mauricienne ne figurait…

Une simple recherche sur le site vc4africa.biz ne fait apparaître aucun projet mauricien sur les trois dernières années et sur le fameux site angel.co on trouvera moins de 40 projets listés et seulement 12 nouveaux projet en 2015.

Sur kickstarter aussi, une recherche avec le terme « Mauritius » montrera 4 projets, 2 annulés, 2 financés avec succès  pour un montant total de 567 $ pour le projet « Meet Mauritius » et 5,741 $ pour le projet « Mauritius Pavilion First Participation 56th Venice Biennale » les deux projets étant respectivement d’origine Américaine et Italienne.

Si l’on se tourne vers Google, les résultats montreront uniquement des communiqués de presse ou des liens vers des sociétés locales mettant en avant l’innovation dans les pages valeurs, mission et vision de leur site internet.

 

Mon avis sur la question

Pour ma part, je ne crois pas au modèle : copier une idée qui marche en Europe, l’adapter au marché mauricien et l’exporter en Afrique. Si l’innovation technologique africaine réussit là où d’autre échoue, c’est parce qu’elle s’axe  toujours sur le besoin des usagers d’un pays ou d’une région. Il faut se rendre à l’évidence, l’Afrique avance sans nous et Maurice accumule du retard.

Les entrepreneurs de l’île ne sont pas moins innovants que les entrepreneurs du continent (le site ict.io montre d’ailleurs régulièrement des initiatives innovantes à Maurice). Si nos startups ne décollent pas, c’est avant tout car l’écosystème locale souffre fortement du manque d’infrastructure et de soutien aux jeunes startupeurs.

A J-2 des Tekoma Awards, voici la listes des finalistes au titre d’entrepreneur de l’année. La aussi aucune startup n’est présente:

 

 

Il reste quand même  l’espoir de voir un jour une startup Mauricienne sur le devant de la scène Africaine. Nombreux sont ceux à avoir identifiés les manquements dans l’écosystème local et de nouvelles structures telles que la Plage et la Turbine se mettent en place pour venir « fueler » les projets locaux.

Ces structures censées apporter le support logistique, des financements, un réseau et l’accompagnement (mentoring) aux jeunes startups sont en ruptures avec le types d’aides jusqu’alors disponibles et on espère qu’elles produiront bientôt les startups de l’Ile Maurice 2.0. Alors seulement, peut être, Maurice se positionnera enfin comme une destination innovante sur le marché Africain.

 

6 Comments

6 Comments

  1. Anibal

    23 octobre 2015 at 4:36

    Excellent analyse de la situation avec un avenir promettant qui se dessine avec l’arrivée de La Plage et La Turbine. Ça va être sympathique !

    Mais t’as raison, pour innover il faut d’abord bien connaitre son marché et ses besoins. Avoir une capacité à être inventif, à sortir des bonnes idées ne suffit pas. Il faut toujours commencer par l’usager, ses besoins, sa problématique puis on innove en réfléchissant à comment pouvoir rendre sa vie plus simple.

    Donc très bonne question en effet, disposons-nous à Maurice d’une bonne connaissance du marché africain ? Si ce n’est pas le cas, ne devrions les accélérateurs faire venir des entrepreneurs africains à Maurice, organiser des séjours en Afrique pour les entrepreneurs mauriciens, collaborer avec des autres accélérateurs africains, etc. ?

  2. Pingback: L'Afrique 2.0 ! Quel rôle à jouer ...

  3. Vincent Pollet

    25 octobre 2015 at 5:51

    @Anibal. Oui ilfaudrait faire venir des experts du marché Africain. Un autre article passez intéresant montre que l’éthiopie à la même ambition que l’ile Maurice : http://rue89.nouvelobs.com/2015/10/21/etre-geek-pays-mal-connecte-lethiopie-261750

  4. Anibal

    25 octobre 2015 at 11:05

    Hey!

    Oui ça bouge en Afrique à niveau des start ups. Google Ventures finance déjà quelques accélérateurs africains tels comme Startup Grind : http://www.startupgrind.co.za/about/

    Faut aussi attirer des VC’s à Maurice, sans capital risque difficile d’innover :
    http://www.forbes.com/sites/mfonobongnsehe/2011/04/07/why-africa-may-never-produce-a-facebook-groupon-zynga-or-google/

    Faudra pas non plus tomber sur le piège populiste et restreindre l’accès aux accélérateurs mauriciens, dans l’innovation (web) il n’y a pas des pays ni frontières. Faire collaborer les accélérateurs MRU / Afrique / Europe / US entre eux est le modèle gagnant.

    Pour revenir sur le sujet « Afrique » : Ce qu’on appelle l’Afrique représente +50 marchés différents, un sud-africain a autant en commun avec un nigérien comme un mauricien avec un thaïlandais. Amha il faut regarder l’Afrique par pays ou région et pas en tant que continent, identifier et cibler les marchés à fort potentiel, trouver des partenaires, collaborateurs et/ou des investisseurs locaux puis innover (depuis Maurice).

    L’Afrique représente des opportunités car ils sont en mode rattrapage mais depuis Maurice on pourrait aussi bien innover sur des autres marchés matures comme l’Europe et les US ! Il suffit de bien maitriser ses marchés, point. (puis avoir la bonne idée, la bonne équipe et le capital nécessaire, lol)

  5. Vincent Pollet

    27 octobre 2015 at 3:51

    Oui Anibal tu as raisons sur le fait d’identifier les bons partenaires, j’avais déjà fais un article sur ce sujet il y a qq temps de cela 😉
    http://ict.io/comprendre-le-marche-africain-des-tic-et-reussir/

  6. Pingback: L'Afrique 2.0 ! Quel rôle à jouer ...

You must be logged in to post a comment Login

Leave a Reply

To Top

REJOINS-NOUS !

 
Pour ne rien manquer de l'actualité du secteur des TIC à Maurice et dans l'Océan Indien : les dernières news, des avis, des bons plans, les événements...

Tu recevras chaque semaine les meilleurs articles !