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Parole d’entrepreneur : rencontre avec Amal Bholah

Amal Bholah
Photo : startupcompete.co

Amal Bholah, pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre entreprise ?

Je suis Amal Bholah, médecin de formation et de profession. J’ai été médecin à la clinique Darné durant deux ans, à l’unité des soins intensifs. J’ai toujours eu pour passion les nouvelles technologies, le développement, etc. Puis, c’est la conjugaison de mon métier – la médecine – à l’électronique et à l’informatique qui m’a tenté et a tout déclenché. Suite à cela, j’ai rencontré un ami qui partage la même passion, et c’est cela qui nous a amenés à développer des applications.

C’est ainsi qu’en 2014, nous avons lancé Doctor Assistant. Il s’agit d’une “free electronic medical record application”. Cette appli a été téléchargée par plus de 3 000 utilisateurs dans le monde, et publiée en première page du rapport “Compendium of Innovative Health Technologies” de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Nous avons lancé notre première entreprise en 2014. C’était juste pour le fun, on ne s’attendait pas à ce que cela marche aussi bien, et on s’y consacrait à mi-temps. Mon collègue travaillait à l’hôpital et moi à la clinique Darné. Cette compagnie a démarré en puisant dans nos propres ressources financières. En juin 2015, nous avons créé une nouvelle entreprise car le gouvernement a lancé le “8 year tax holiday”. C’est là que Smart Health Ltd est née. Cette organisation est spécialisée dans le développement d’applications mobiles, de softwares et de hardwares destinés à la Santé. Nous nous penchons surtout sur la question de savoir comment les applications et l’Internet of Things (IoT), c’est-à-dire les objets connectés, peuvent contribuer à améliorer la qualité des soins et des services médicaux.

Nous sommes donc deux médecins et nous nous focalisons beaucoup sur le design et le développement des applications, à plein temps. Nous envisageons de recruter sous peu des stagiaires qui travailleront avec nous.

Avez-vous des associés avec qui vous partagez l’affaire ? Comment le travail et la participation sont-ils partagés ?

Nous n’avons pas d’associés. Nous sommes juste cofondateurs et répartissons les tâches à 50/50. Cependant, nous comptons vendre des actions pour pouvoir faire évoluer l’organisation et recruter plus de monde.

Quel a été le déclencheur de votre saut vers l’entrepreneuriat ?

Premièrement, c’est ma rencontre avec le Dr Kemley Beharee, avec qui je partage cette passion. Deuxième chose, lorsque nous avons lancé les applications, nous avons constaté que la demande était forte et qu’il y avait un marché porteur qui n’avait encore été touché par aucune entreprise dans la région océan Indien. Nous nous sommes donc vite lancés dans ce domaine. Nous avions aussi remporté le troisième prix de la Turbine Business Idea Competition l’année dernière. Voilà, en somme, les éléments qui nous ont poussés à faire le grand saut et à nous consacrer à plein temps à ce projet.

Pour vous, que signifie être entrepreneur ?

Etre entrepreneur est assez difficile à définir. Beaucoup de gens à l’île Maurice se disent entrepreneurs alors qu’ils ne le sont pas, malheureusement. Les entrepreneurs qui revendent des produits sont en fait des commerçants. Le commerce et l’entrepreneuriat sont deux choses totalement différentes. Les idées qui marchent le plus sont les produits et les services pour lesquels il y a un besoin, une nécessité et une demande. L’entrepreneur essaie de trouver les moyens de les transformer en un service réel, qui soit aussi durable et qui puisse soutenir le produit via un commerce.

Quels ont été les obstacles les plus importants que vous avez rencontrés lors de la création de votre entreprise ?

Rechercher des ressources et des compétences pointues pour le développement de nos applications. Le second obstacle a été l’aspect financier. Nous avons tout démarré en puisant dans nos économies. Mais cela n’aurait pas dû pas se passer ainsi. Dans d’autres pays où les technologies sont valorisées, il suffit d’avoir une idée pour bénéficier d’un financement et la développer. Alors qu’ici, nous avons l’idée et le prototype, mais la difficulté à obtenir des ressources persiste.

Quelles ont été les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire face jusqu’à présent ?

A Maurice, quand on dit qu’on va lancer son entreprise, on entend beaucoup parler de programmes facilitateurs pour les entrepreneurs mauriciens. Cependant, je pense qu’il y a encore beaucoup à faire pour leur apporter une aide concrète. C’est une bonne chose qu’il y ait de la formation à disposition pour aider les entrepreneurs, mais le plus important dans tous les cas demeure la ressource humaine, la passion et la capacité des personnes à faire évoluer un projet en produit, et troisièmement : les finances. Il est plus qu’important d’avoir des finances. Nous étions médecins, donc nous avions suffisamment de fonds pour pouvoir lancer l’entreprise de manière indépendante et nous soutenir financièrement. Or, beaucoup d’entrepreneurs, et notamment les plus jeunes qui viennent de terminer leurs études, ne parviennent pas à faire cela. Cela serait génial si certaines entreprises, voire le gouvernement, arrivaient à soutenir ces personnes par des structures et des “angel investments”, sans prendre des actions de leurs entreprises. De mon point de vue, le financement est une réelle barrière pour les startups à l’île Maurice.

Quels conseils donneriez-vous à ceux qui veulent se lancer ?

Je dirais à ceux qui veulent innover et se détacher de ce qui est plus ou moins traditionnel et dépassé, que l’entrepreneuriat est leur voie. Ne vous attendez pas à ce que l’on vous tende la main, n’attendez rien de personne. Lancez-vous, créez votre propre produit et essayez de le marketer. Enfin, n’abandonnez jamais. Beaucoup de gens vont vous dire que votre idée existe déjà, mais il est vraiment important d’apprendre et de ne pas avoir peur de l’échec et de faire des erreurs. Nous en avons fait beaucoup durant ces deux dernières années, lors de nos démarches. Mais à chaque étape, nous avons appris des choses qui nous ont permis d’être beaucoup plus forts et beaucoup plus pointus dans notre métier.

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