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Argent mobile, la moitié des comptes dans le monde se trouvent en Afrique

Argent mobile, la moitié des comptes dans le monde se trouvent en Afrique

Les opérateurs de télécoms ne sont plus les seuls concernés par l’unification et la simplification des systèmes de paiement mobile. En effet, les banques et les commerçants du continent africain sont également concernés. Selon la GSMA, l’association des opérateurs de téléphonie mobile, près de la moitié des comptes d’argent mobile actifs dans le monde se trouvent en Afrique.

Diminuer les risques de perte grâce à l’argent mobile

La croissance de l’argent mobile sera largement entraînée par la possibilité de faire des transactions entre des abonnés d’opérateurs différents. La suppression des commissions et la simplification des services de paiement devraient ainsi contribuer à améliorer l’inclusion financière sur le continent. Par ailleurs, le taux de bancarisation y reste faible, autour de 18,5 % dans l’Uemoa. Jean-Michel Huet, du cabinet BearingPoint, explique que « l’interopérabilité réduit aussi l’utilisation des espèces, et donc les risques de perte, vol ou corruption liés au transport et au stockage de l’argent. Elle contribue également à formaliser le commerce ».

Une progression lente mais constante

Alors qu’elle a été lancée il y a plus de cinq ans, l’interopérabilité progresse lentement mais sûrement. En Tanzanie, pays africain pionnier de la question depuis 2014, les trois principaux opérateurs, Tigo, Vodacom et Airtel indiquaient que, deux ans plus tard, 6 % à 8 % des transferts d’argent de personne à personne (P2P) étaient croisés entre eux. Ensuite, Madagascar lui a emboîté le pas en 2016, suivi un peu plus tard de l’Ouganda (2017), du Ghana (2018) et du Kenya en 2018. Dans ce dernier pays, Safaricom (M-Pesa) a dû partager sa base d’utilisateurs et de partenaires sous la pression de ses challengers. À savoir qu’il domine avec près de 80 % de part de marché.

Des freins à l’expansion de l’interopérabilité

Il existe toutefois deux freins à l’expansion de l’interopérabilité. D’abord, la possession de plusieurs cartes SIM. En effet, on compte en moyenne de deux à trois par usager dans la plupart des pays subsahariens. Ensuite, il y a la frilosité dont font preuve les groupes de télécoms à communiquer sur le sujet. Ils préfèrent effectivement concentrer leurs campagnes de publicité sur leurs services exclusifs.

Aller au-delà du simple paiement P2P

Les opérateurs, pour qui l’argent mobile n’est plus vraiment un argument de fidélisation des clients, doivent maintenant dépasser l’étape du simple paiement P2P. Pour cela, ils doivent accélérer l’interopérabilité de leur système avec celui des banques. Mais aussi des agences de transfert de fonds et des marchands. Grâce à des accords bilatéraux, la plupart des réseaux mobiles permettent ainsi des transferts d’argent depuis ou vers des comptes bancaires classiques. Néanmoins, les régulateurs recherchent plus de simplicité. C’est d’ailleurs pour cette raison que la banque centrale tanzanienne met en place une plateforme centralisée. Celle-ci remplace les systèmes issus d’accords bilatéraux, qui doit permettre en juin prochain une interopérabilité totale.

Une plateforme unique pour tous les émetteurs de monnaie électronique

Depuis 2018 en Tunisie, c’est aussi dans cette direction que le ministère des Finances, la Banque centrale et la société Monétique-Tunisie travaillent. Plus étonnant, le Maroc, où Inwi et Orange n’ont déployé leurs offres de mobile banking qu’en 2019 et où la bancarisation est l’une des plus fortes du continent (78 % en juin 2019), déploie aussi son projet, M-wallet. Bank Al-Maghrib (la banque centrale) et l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) ont créé avec le marocain HPS une plateforme unique à laquelle tous les émetteurs de monnaie électronique devraient bientôt se ­connecter. Ce service, qui devait initialement démarrer en 2019, devrait être opérationnel cette année.

Connecter tous les fournisseurs au sein d’un réseau unique

Encore plus ambitieux, à travers Mowali, leur coentreprise créée en novembre 2018, les deux leaders continentaux Orange et MTN veulent connecter les fournisseurs de services financiers de toute l’Afrique au sein d’un réseau unique. Les transactions transfrontalières deviendraient, elles, aussi automatiques et ne seraient plus dépendantes d’accords bilatéraux. La solution aurait pu convenir à la BCEAO, qui crée actuellement, via le Groupement interbancaire monétique (GIM), une plateforme unique d’interopérabilité intra-Uemoa. Mais son offre, déposée en décembre 2019, n’a pas été présélectionnée. « Mowali se focalise donc, à court terme, sur les transferts internationaux [conversion de devises] d’opérateur à opérateur », indique Orange.

395,7 millions

C’est le nombre de comptes d’argent mobile que comptait le continent fin 2018, soit près de la moitié du total mondial selon GSMA.

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