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Du Bitcoin au Nurucoin, le Kenya se spécialise dans les cryptomonnaies

Dans la continuité de la conférence sur l’évolution de la cryptomonnaie qui s’est tenue lundi 29 janvier à Quatre Bornes, intéressons-nous à un autre pays africain, lui aussi au cœur du sujet. Le Kenya est le 5e pays au monde à posséder le plus de Bitcoins.

 

Mise au point sur les cryptomonnaies

Encore méconnues du grand public il y a quelques mois à peine, les monnaies virtuelles (Bitcoin, ether, ripple…) ont rapidement gagné en notoriété grâce à leur dynamisme remarquable. En 2017, le cours du Bitcoin, cryptomonnaie la plus connue, a fait un bond de plus de 500 %, pour atteindre les 6000 dollars (5166 euros). Les cours des autres cryptomonnaies sont tout aussi florissants, attestant de l’engouement pour ces nouveaux « moyens de paiement ». Mais de quoi s’agit-il exactement ?

L’apparition de ces monnaies 2.0 remonte à 2009 avec la naissance du Bitcoin, considéré comme la monnaie virtuelle de référence. Au départ, les cryptomonnaies étaient utilisées par de petites communautés composées de leurs développeurs, ces derniers souhaitant disposer de leur propre monnaie. Ainsi, les cryptomonnaies sont indépendantes des banques centrales : en d’autres termes, elles sont hors du contrôle de la puissance publique. « Le Bitcoin n’appartient ni à un État ni à une banque », explique Manuel Valente, directeur de la Maison du Bitcoin à Paris.

 

 

La crédibilité et la sécurité de ces monnaies virtuelles reposent sur deux éléments, essences de leur ADN : un protocole informatique et la technologie Blockchain.

Le protocole définit en particulier le nombre de « pièces » disponibles et leur taille informatique (leur vitesse de circulation et leur puissance de stockage). Les développeurs qui se connectent sur le réseau peuvent modifier ce protocole informatique. Ceci étant, les changements dans les caractéristiques d’une cryptomonnaie doivent être validés par l’ensemble de la communauté (les développeurs actifs).

D’après les professionnels des cryptomonnaies, environ 10 000 codeurs travaillent actuellement sur le protocole du Bitcoin. Ce chiffre explique sa stabilité, mais aussi les difficultés à faire évoluer la monnaie. C’est à cause de ces mêmes difficultés que le Cash Bitcoin a été lancé cet été par une partie de la communauté du Bitcoin, en faveur de l’essor de la puissance du réseau. Cet essor permettrait de traiter davantage de transactions.

La technologie de la blockchain assure quant à elle la protection et l’inviolabilité d’un protocole informatique. Cette technologie ajoutée par les développeurs certifie les échanges sur le réseau de chaque cryptomonnaie. Une « chaîne de blocs » stocke et transmet des informations, en particulier les échanges de monnaies lorsqu’un utilisateur paye un produit ou un service avec de la cryptomonnaie. Partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, elle garantit à chaque utilisateur de s’assurer de la validité de la chaîne à chaque transaction. Par exemple, si un utilisateur lambda donne un Bitcoin à un premier vendeur, mais qu’il essaie de le garder pour le dépenser une seconde fois chez autre vendeur, cet autre vendeur verra de suite dans l’historique du Bitcoin qu’il a déjà été donné au premier vendeur : il le refusera « Chaque noeud, c’est-à-dire ordinateur connecté sur la blockchain, contient une copie du protocole et une copie intégrale de toutes les transactions », précise Manuel Valente. Les 1 200 monnaies virtuelles recensées fonctionnent avec une blockchain.

 

La percée du Bitcoin au Kenya

Le Bitcoin fait fureur au Kenya : d’après le dernier rapport de la City Bank, le Kenya détient actuellement l’équivalent de 1,3 milliard d’euros en Bitcoin, ce qui positionne le pays au rang de 5e plus gros détenteur de Bitcoins au monde.

Si on prend l’exemple d’Eugene Mutai, cet habitant de Nairobi a commencé à investir dans les cryptomonnaies il y a 8 mois de cela. Nouveau propriétaire d’une moto, il explique : « J’ai eu de très bons rendements sur l’argent que j’ai investi alors je me suis dit : pourquoi pas ? » C’est la moto que j’ai toujours voulue. L’an dernier, sa qualité de vie s’est grandement améliorée. Il gagne maintenant plus de 650 euros par mois grâce au Bitcoin, quand le salaire moyen au Kenya n’excède pas 98 euros.

 

 

Eugene surveille en permanence le cours de la monnaie virtuelle. Il utilise pour cela l’ordinateur qu’il a fabriqué et installe dans un coin de son salon. Plus il y a de cartes graphiques, plus le nombre de Bitcoins généré est important. Ces cartes graphiques sont onéreuses puisque le prix à l’unité est 650 euros. En effet, la blockchain est un registre permanent, public et décentralisé ou toutes les transactions sont enregistrées dans des paquets de transactions, appelées les blocks. Ces blocks sont ajoutés à la chaîne par les mineurs dont fait partie Eugene. Ces derniers minent (ajoutent les transactions) ou vérifient les blocks. Miner requière de grosses et onéreuses machines qui résolvent des problèmes mathématiques compliqués en temps réel. Les calculs devenant de plus en plus compliqués, les machines requises sont de plus en plus sophistiquées et chères. Les plus performantes d’entre elles coûtent des centaines de dollars.

Il s’agit donc d’un investissement conséquent qui ne décourage pas les jeunes kenyans, de plus en plus nombreux à s’adonner aux monnaies virtuelles. Michael a été un des premiers à utiliser le Bitcoin au Kenya. D’après lui, les jeunes s’intéressent de plus en plus aux cryptomonnaies à cause du manque de travail. Il s’agit d’une opportunité intéressante puisqu’il y a une demande évidente et qu’ils peuvent s’en procurer. Face à cet engouement, l’état kenyan tire la sonnette d’alarme et la banque centrale du pays multiplie les avertissements. Les clients de la société de trading Rich Management s’interrogent de plus en plus sur les monnaies virtuelles, mais comme la banque centrale, son président Aly-Khan Satchu déconseille le Bitcoin : « Son prix peut augmenter la semaine prochaine ou bien descendre, mais à la fin il vaudra quasiment zéro. Les investisseurs qui se sont tournés vers le Bitcoin vont connaître de lourdes pertes. » Si la monnaie venait à s’effondrer, le pays pourrait perdre jusqu’à 2,3 % de son PIB.

 

Le Kenyan Isaac Mwendwa espère découronner le Bitcoin avec le Nurocoin

Isaac Mwendwa pense pouvoir changer le visage du marché financier mondial tel que nous le connaissons. Ce Kenyan est en train de développer la seconde cryptomonnaie africaine, baptisée Nurucoin, et il entrevoit la possibilité que cette nouvelle cryptomonnaie soit globalement mieux acceptée que le Bitcoin. « Les cryptomonnaies représentent le futur de toutes les transactions, c’est la raison pour laquelle je ne pouvais pas attendre pour en développer une pour l’Afrique. » a déclaré Mwendwa. Un Nurucoin vaut actuellement 10 Sh (environ 3 Rs).

 

 

Il est maintenant presque impossible de déterminer la valeur du Bitcoin, dont le prix a baissé de presque 30 % au cours d’une même journée. La monnaie était échangée à 466000 Sh le 10 novembre avant d’être multiplié par presque 4 pour atteindre 1,9 million moins d’un mois plus tard, pour retomber à 1,4 million de Shilling ce 15 janvier. Mwendwa pense que les monnaies digitales définiront toutes les transactions à venir, remplaceront la monnaie telle que nous la connaissons aujourd’hui et causeront du tort aux banques traditionnelles. Son rêve s’inspire de la possibilité que les monnaies digitales deviennent plus acceptées, un élément déterminé par la valeur des cryptomonnaies.

Qu’est-ce qui rend le prix des monnaies volatiles ? Les fondateurs des cryptomonnaies déterminent un nombre défini de monnaies qu’ils veulent voir en circulation. Un mystérieux développeur du Bitcoin a décidé qu’il y aurait 21 millions unité de cette monnaie. Jusqu’à présent, plus de 16,7 millions de coins ont été découverts et sont en circulation. Une plus grande acceptabilité de la monnaie signifie plus de demandes d’unité et donc une hausse de la valeur de la monnaie. Mwenda a déclaré que les prix actuels du Bitcoin sont exagérés, à cause de la spéculation qui a créé une bulle susceptible d’éclater. Puisque miner des Bitcoins devient une activité onéreuse que beaucoup de personnes ne peuvent se permettre d’avoir, tout le monde peut choisir d’acheter le Bitcoin, une alternative plus accessible. La ruée vers les cryptomonnaies, qu’il s’agisse du Bitcoin ou de n’importe quelle autre monnaie virtuelle, explique leur prix croissant.

Il faut garder à l’esprit que tout achat de Bitcoins à titre d’investissement est risqué. On n’investit que ce qu’on peut se permettre de perdre totalement. Une faille dans l’algorithme mathématique pourrait être découverte et faire chuter à zéro la valeur du Bitcoin en quelques heures.

 

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